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S'observer pour plus de bien-être - introduction au yoga au travail

"Donnez-vous la permission d'être un débutant."

Julia Cameron

 

Plein le dos, douleurs lombaires, cervicales coincées...Il n'y a pas de hasard, la posture assise constante, plus ou moins permanente devant l'ordinateur, au téléphone avec un client, le stress finit par faire son effet sur le corps : douleurs, crispations, TMS (troubles musculo-squelettiques), postures de compensation. Le corps dit stop. Parfois, on le repère à temps, mais souvent c'est trop tard, la tendinite est là, la douleur chronique s'est installée.

 

Apprendre à repérer comment notre corps nous envoie des signaux pour nous dire d'appuyer sur "pause". Ce peut être juste prendre le temps de repérer ce qui se passe dans son corps, apprendre à observer chaque parcelle de son corps, écouter le cri du muscle fatigué et contraint. Repérer en soi comment le stress opère, et comment notre corps nous donne pourtant le signal, l'alerte pour dire stop, changer de posture, se détendre.

Une pointe dans le ventre, une crispation dans la nuque, chacun doit pouvoir repérer son propre signal.

 

APPRENDRE A REPERER LE SIGNAL DU CORPS

 

Programmez-vous un rendez-vous dans la journée, pour vous-même, les outils ne manquent pas. Un rappel sur votre téléphone, un post-it... puis plus tard, faites-le même à plusieurs au bureau par exemple, ce sera ludique et la prise de conscience n'en sera que plus forte. Ce sera même peut-être l'occasion d'un échange collectif sur vos constats.

Il est important que vous programmiez ce rendez-vous, pour que vous puissiez l'oublier le reste du temps, et reprendre le cours habituel de votre journée. Au moment du rendez-vous, arrêtez ce que vous êtes en train de faire. Ne changez pas de posture, et prenez quelques minutes pour vous observer de l'intérieur. Si vous le pouvez, fermez les yeux, et commencez un scan rapide mais méticuleux des parties de votre corps.

Comment sont positionnés vos pieds ? Sont-ils à plat sur le sol, en équilibre sur la pointe, coincés derrière les barreaux de votre chaise, repliés sur l'axe des roulettes de votre fauteuil...?

Vos chevilles ? Sont-elles relâchées, tordues comme le tronc d'une glycine centenaire...?

Continuez, et remontez ainsi tout le corps, les genoux (crispés...), les cuisses (tendues, relâchées...), le bassin (la cambrure accentuée...), le dos, les épaules (ah ! les épaules et les trapèzes, combien portent-ils de nos fardeaux ? Penchées en avant, courbées, relevées vers les oreilles, les trapèzes douloureux et crispés...). Et les bras, la nuque, la tête, le visage ? Les mâchoires serrées, le front plissé, les sourcils froncés sans raison, la bouche tordue, mordue, serrée...)

Y a-t-il des tensions, bien souvent inutiles, qui vous apparaissent, et qui, au moment où vous en prenez conscience, se réveillent, vous indiquent comment elles passent le plus souvent inaperçues et créent des troubles chroniques au fil du temps ?

Qu'est-ce que cela vous apprend ? Votre corps s'est adapté de lui-même aux contraintes imposées par le mental, il s'est même parfois suradapté.

 

QUELS SONT LES IRRITANTS ?

 

Une fois ce scan réalisé, ça ne vous prendra que quelques minutes, repérez maintenant ce qui vient causer ces suradaptations. Qu'est-ce qui vous a stressé, quel a été l'événement déclencheur de telle ou telle réaction de votre corps ? Apprenez peu à peu à repérer ce qui se passe dans votre corps au moment où vous êtes exposé à ce stress (dans le ventre, dans le dos, votre, front, les bras... peu importe).

Vous serez ainsi plus conscient des signaux donnés par votre corps, et des moments de pause et changements de posture nécessaires, et vous pourrez ainsi mieux les corriger au fur et à mesure.

Une longue pratique du yoga, au fil des années, apprend à chacun à mieux reconnaître des réactions du corps, et à savoir déjouer le piège de ces postures réflexe, notamment avec la relaxation, volontaire, globale ou ciblée. Néanmoins, dans l'instant, chacun peut apprendre à être plus à l'écoute de soi-même, et à stopper la sur adaptation du corps au moment même où on la perçoit et la ressent.

 

RECONNAITRE SES EMOTIONS ET LES LAISSER VIVRE...POUR NE PLUS LES SUBIR

 

La prise en compte des émotions, notamment dans un milieu professionnel est une grande question. Doivent-elles même seulement exister dans le monde du travail ? Les nie-t-on, elles existent malgré tout, et polluent le quotidien de qui ne les prend pas en compte telles qu'elles existent.

On les a tellement méconnues, cachées, qu'on ne les reconnaît plus ni ne les comprend. De ce fait, elles font l'objet d'un rejet inconsidéré, d'interprétations erronées, et elles polluent davantage le quotidien de tout un chacun dans la relation de travail qu'elles ne le devraient, si on savait mieux les prendre en compte.

Dès lors que l'on parle d'émotions surgit la peur inconsciente d'une sorte de grand déballage obligatoire où l'on serait mis à nu, où notre ressenti va devoir être exposé, où la part d'humanité de chacun va s'imposer et rendre désormais tout travail sérieux impossible. Cela pourrait s'apparenter à de la pudeur. C'est aussi parfois une sorte de vision sartrienne de "l'enfer, c'est les autres", qui perçoivent mes émotions, et m'obligent à partager les leurs, voire une injonction à la "câlinothérapie" envers ceux qui les exposent malgré eux. Le monde du travail peut difficilement s'y exposer sans y perdre son âme  n'est-ce pas ?

 

Le yoga ne donne pas un guide de gestion des émotions, et n'est pas non plus un outil de développement personnel pour apprendre à gérer ses émotions. Simplement, accroissant le niveau de conscience de soi de ceux qui le pratiquent, le yoga donne l'occasion aux émotions de vivre leur vie d'émotions, c'est-à-dire une vie fugace et qui n'en fait pas tout un plat.

La méditation est la pratique qui ouvre sans doute le plus le champ à la reconnaissance des émotions à leur juste valeur, car elle ancre la personne dans le moment présent, où seules les émotions pourraient venir perturber une eau lisse et paisible. C'est précisément ce qui fait souvent peur. Quoi ? Je suis assis(e) là, en silence, non loin de mes collègues de travail, j'ai peur du vide j'ai peu de me laisser aller, de tellement me détendre que je vais peut-être pleurer, éclater de rire. Non, la relaxation, la méditation, ce n'est pas fait pour moi, ça ne remue pas assez. 

Que cachez-vous derrière ce besoin de remuer ? En quoi le silence et le calme vous effraient ? Qu'est-ce que cela révèle de vous ?

Peut-être avez-vous l'illusion de maîtriser ce qui se passe en vous sur le plan des émotions, et que le calme et la méditation vous laisserait sans défense, à nu avec vous-même ?

 

L'URGENCE DE SE RECONNECTER A SOI

 

Alors, il est urgent de commencer, il est urgent de vous reconnecter avec vous-même, et de ne plus avoir peur de vous-même.

Qu'est-ce qu'une émotion ?

C'est d'abord et avant tout une manifestation physique. Un message du corps, un frisson, une tension musculaire, un raidissement, un relâchement, qui indique au cerveau qu'il doit rire, exploser de colère, ou pleurer de tristesse. Et cette "manie-festation" physique, bien souvent, ce cocktail de manifestations physiques (dans la nuque, le dos, les mains, la gorge...) dure quelques secondes tout au plus. Le savoir, ça peut changer toute une vie. Oui, les émotions surgissent, vivent leur vie, et disparaissent comme elles sont venues.

Sans s'y pencher vraiment, on n'en a pas conscience, et l'on se croit plongé dans une éternité insupportable. Quelques secondes à une ou deux minutes tout au plus, au-delà, c'est l'intellect qui prend le relais et qui transforme, déforme, et met un sentiment sur une émotion. Je suis en colère parce que je suis jaloux, celui-ci a plus que moi, ce n'est pas normal, et de toutes façons c'est toujours comme ça...

Alors que si je perçois la tension musculaire quand elle arrive, le serrement de gorge désagréable, que je les reconnais, les laisse se déployer, se transformer d'eux-mêmes, en simple spectateur, les yeux fermés, une minute plus tard, je rouvre les yeux, et tout a disparu, je me sens aussi bien qu'avant, la vie reprend son cours. J'ai accueilli l'émotion, je l'ai laissée vivre son éphémère vie d'émotion, et elle ne m'a pas entraînée dans des développements incontrôlables.

 

Pratiquer quelques minutes d'étirements, de mouvements de yoga doux, de relaxation ou de méditation, au moins une fois par jour, au travail, est un réel outil de bien-être, pour redevenir maître de soi-même et gérer les effets délétères du stress. Pratiquez...

 

Crédit photo Aarón Blanco Tejedor on Unsplash

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