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Le yoga du cerveau


Depuis que j’ai soulevé le voile de la PNL, en participant à une formation il y a maintenant un peu plus d’un an, finalement, je me suis rapprochée de moi-même. Outil de développement personnel, mode d’emploi du cerveau, approche thérapeutique, qu’importe le nom que l’on donne à cet ensemble de techniques, il s’agit d’être davantage conscient de soi, des mécanismes de notre pensée et de notre inconscient.

Une forme de yoga en quelque sorte. Comment je vis avec la PNL au quotidien ? Voici quelques épisodes de cette belle aventure.

 

La montagne n’est pas la même par la face nord

 

Au travail par exemple, lors de réunions où les points de vue s’exposent, quand les esprits s’échauffent et que quelqu’un soutient avec force qu’il a toutes les raisons d’avoir raison, il m’arrive d’observer une évidence. Chacun parle depuis sa propre réalité, emprunte son seul et propre itinéraire, sans même imaginer qu’il en existe d’autres. Il m’arrive ainsi de faire remarquer à mes collaborateurs ou collègues, lorsqu’ils s’engagent dans des conflits stériles qui ne sont que des différences de perception, que la carte n’est pas le territoire. Lorsque j’ai affaire à des collègues géographes, ils comprennent immédiatement.

Mais le plus souvent, cela a pour effet de suspendre le débat, les regards convergeant alors vers moi, chacun étant un instant hypnotisé par cette phrase apparemment saugrenue que je viens de prononcer. J’investis alors cet instant de silence inespéré, pour faire redescendre le débat et suspendre un instant le flot d’idées qui s’affrontent et font monter la mayonnaise sans que personne sache bien pourquoi. J’ai alors parfois recours à des images, comme celle de la montagne, dont chacun parle et qui n’est pas la même pour chacun en fonction de la face par laquelle on l’escalade…

La communication reprend son cours, avec pour certains, plus d’attention à l’autre. D’autres me prennent peut-être pour une illuminée, mais tant pis, l’observation est devenue trop évidente pour que je la laisse passer. 

 

 

Le VAKOG : mettre chacun à égalité

 

Enoncer une consigne en réunion, une donnée particulièrement complexe et obscure, et observer le regard perdu des personnes qui n’osent pas demander de répéter. Quand j’ai compris, pour l’avoir moi-même vécu dans ma chair, que les personnes visuelles ressentaient probablement une forme de déni de leur personnalité, je comprends maintenant tout l’intérêt de faire circuler le papier qui comporte le message qui vient d’être énoncé pour que chacun puisse le lire à son rythme, ou de proposer un diaporama illustrant les propos, pour que les auditifs et les visuels soient tous reconnus et bien traités. Mettre chacun à égalité devant l’information, c’est une bonne base pour entamer un vrai échange.

C’est en tout cas une chose à laquelle je suis plus attentive désormais.

 

 

Les mismatch et les accordeurs : le sourire intérieur

 

Au quotidien, la PNL est un formidable moyen de relativiser les réactions de l’autre, et une connaissance plus fine de soi nous aide à mieux comprendre notre interlocuteur. Le bénéfice sera réel pour les deux, même si l’autre n’a pas forcément conscience du mécanisme, ou de l’adaptation à laquelle je procède pour que la communication s’installe.

Moi qui suis une « accordeuse », lorsqu’une conversation s’engage, ma posture spontanée est d’abord de dire « oui », « d’accord », « bien sûr », « si tu veux ». Je n’ai pas de raison a priori d’émettre un désaccord, de chercher la petite bête. Alors, quand j’ai affaire à un « mismatch », je me raidis à la première mention du détail qui cloche, je me ferme, et depuis que j’ai abordé la PNL, je me surprends à observer mon propre agacement.

La prise de conscience de ce détail pourtant gros comme une maison m’a appris au fil du temps à être plus empathique avec ces personnes. Elles souffrent tellement, me dis-je, je me mets à leur place, comme ce doit être triste de toujours commencer par un désaccord. Et je souris intérieurement sur ce détail de personnalité, du mien comme de celui de l’autre, ou alors, si c’est un sujet grave, cela m’aide à relativiser l’échange, et me permet de poursuivre sans dommages. 

Prendre conscience de ces différences d’approche de la réalité fait souvent naître chez moi un sourire intérieur, une reconnaissance amicale qui facilite la compréhension de l’autre, et facilite l’échange, empêche des rancœurs inutiles de s’installer.

J’en profite pour suggérer aux mismatchs un exercice que je pratique quelquefois. Laissez le sourire intérieur se muer en un réel sourire, se dessinant sur vos lèvres, et observez la différence. Que percevez-vous ? La vie n’est-elle pas immédiatement plus belle ?

 

 

Les protocoles du quotidien : brouillage, changement d’histoire de vie

 

J’ai aussi découvert que la PNL peut être une aide au quotidien, pour peu que l’on soit attentif à ce que nous vivons. Un outil anti-lamentation, proactif et efficace à coup sûr, qui peut sauver des matinées entières de la catastrophe annoncée.

L’autre jour une de mes amies était plongée dans le désarroi après avoir surpris son fils en posture, dirons-nous, délicate, avec sa petite amie, et ne savait plus comment aborder la discussion avec lui, ayant constamment à l’esprit cette image (restons discrets sur le contenu) qui rendait désormais toute communication impossible. Nous marchions depuis quelques kilomètres, et la suite de la randonnée s’annonçait mal. Justifications, présupposés, et tout un cortège de questions sans réponse pointaient à l’horizon et sur la langue de mon amie. Un banc salvateur se présenta à nous. Plutôt que de me lamenter avec elle sur la précocité de la jeunesse, et m’engager dans d’inutiles conseils de la mère de famille qui se dit qu’elle a de la chance de n’avoir pas vécu la même chose, je lui proposai de s’asseoir et de bien vouloir se prêter à un exercice qui allait soulager sa tristesse. Après quelques minutes d’un brouillage semble-t-il efficace, elle avait retrouvé le sourire et envisageait différemment sa prochaine conversation avec son fils.

Nous avons poursuivi notre balade d’autant plus sereinement, que son obsession ne planait plus sur notre randonnée en cette belle matinée d’été.

 

Plus récemment, l’ami de ma nièce, de passage à la maison, nous explique que depuis qu’il est tout petit, il ne supporte pas les guilis, les chatouilles, au point de s’imaginer étouffer, et de faillir s’évanouir. Je pense immédiatement à la technique de mon ami Eugène, relatée ici même sur cette page il y a quelque temps, mais chacun a son histoire et sa technique. Je lui propose à brûle pourpoint un brouillage, juste pour voir. Pendant l’heure qui suit, il est sidéré de sentir sa perception changer, il me prend pour une magicienne, me dit qu’il sent un certain soulagement, et indique ne plus savoir quoi penser de ces guilis qui l’ont poursuivi si longtemps. Je lui réponds que c’est lui qui a la clé, puisque tout se passe à l’intérieur de son cerveau… Ce jour-là, l’impression initiale était trop forte pour que cela dure longtemps, mais l’expérience lui a ouvert des perspectives, et il sait maintenant que cette sensation n’est pas une fatalité.

 

Je terminerai avec un autre exemple de PNL-trousse de secours du quotidien. Lors d’une de nos conversations du week-end, mon fils me fait part de sa colère, toujours présente et récurrente dès qu’il est au lycée, qu’il ne s’explique pas, et qui risque, selon lui, de l’amener un jour à l’extérioriser physiquement, si bien que cela pourrait lui porter préjudice. Je ne sais pas de quoi il s’agit, et je ne veux pas connaître davantage de détails que mon fils ne me donnera pas quoiqu’il en soit. Je lui propose de l’aide, même si je me dis que je ne devrais pas, car je fais peut-peut-être partie de cette histoire à mon insu.

Et, sentant mon fils réceptif et demandeur, je me lance : changement d’histoire de vie, « ne me dis que l’essentiel, donne-moi juste des codes, des mots clé, des numéros, je n’ai pas besoin de savoir grand chose de ton histoire ». Nous traversons sa chambre, puis le couloir, désormais parsemé de petites feuilles ou des codes incompréhensibles s’inscrivent, au rythme de son inconscient qui sélectionne des événements, et, au retour dans sa chambre, après avoir traversé ses deux dernières années de lycée, il s’assoit, soulagé, la colère a disparu. Depuis, je n’en ai plus jamais entendu parler. 

Quel mystère, et aussi quelle simplicité finalement. Comme un baume sur une brûlure.

 

 

Finalement, créer une alliance avec l’autre, ou pas...

 

Nombre de fois, je m’aperçois que je suis synchronisée à mon interlocuteur. Je le faisais sans doute inconsciemment avant d’avoir découvert la PNL, mais maintenant je perçois toute la puissance de ce point essentiel de la communication. Etre accordé à la personne qui vous parle, dans certaines circonstances, se révèle être un soutien énorme à la qualité de l’échange. Certains appellent cela danser, c’est une belle image. 

 

Au quotidien, je perçois que la PNL permet une communication plus consciente, au-delà des outils et protocoles que j’ai eu la joie et la présence d’esprit d’expérimenter auprès de mes proches, et bien entendu, avec mes clients en coaching. Prendre conscience de ce qui se passe au moment où l’on entre en interaction, chez moi, chez l’autre, favorise une communication élégante, bienveillante, et par-dessus tout, consciente.

Quand quelqu’un parle, calibrer son attitude physique, les mouvements sur son visage, percevoir les discordances entre le discours et l’attitude, cela m’arrive aussi parfois.

Et la PNL ce n’est pas de la magie, encore moins un super pouvoir venu du ciel, c’est avant tout une écoute totale de notre interlocuteur.

 

Mais parfois, l’alliance est tout simplement impossible. En tant que praticien PNL, pour peu que notre ego soit flatté par tant de réussites attribuées pourtant au cerveau de nos clients, nous pouvons nous sentir pousser des ailes. Attention au syndrome d’Icare, que je fais mien pour l’histoire qui suit. 

Les personnes portées sur la spiritualité ont cela de bien qu’elles sont fort réceptives aux questions qui conduisent à l’introspection. Questionnant ainsi une connaissance qui me faisait part de certaines difficultés ontologiques dans sa vie terrestre et matérielle, j’en arrivais à la définition de ce qui aurait pu devenir un objectif. Sûre de moi, je demandai alors à cette personne « très bien, et quant à cet objectif, en quoi dépend-il de toi ? », quand la réponse suivante tomba littéralement du Ciel : « et bien, justement, rien ne dépend de nous ! ». Evidence sans appel ! Ma compétence de praticienne en PNL fut relativisée à jamais face à cette toute puissance divine, et l’alliance créée avec mon interlocuteur retomba d’un cran du  moins pour ce qui me concerne. Instant de grande solitude...

 

 

Le yoga du cerveau :

 

En rédigeant cet article, je m’aperçois que la PNL s’est installée dans des petits détails de ma communication interpersonnelle, et adossée à une bienveillance naturelle, parfois à une bonne dose d’humour, et une volonté de favoriser une vraie communication, la PNL est une formidable mise en mots de sensations et de clés de notre fonctionnement. Plus généralement, j’assimilerai la PNL à une technique de centrage, où l’on se fait le témoin de ce qui se passe en soi, où l’on ajuste sa posture, ses sensations physiques et son ressenti, où la visualisation a toute sa place. Moi qui suis professeure de yoga, qui répète à l’un de mes élèves d’être à l’écoute du ressenti, de visualiser en relaxation des images dans tous leurs aspects (sons, couleur, forme, odeurs…), qui l’accompagne vers l’arrêt des fluctuations du mental, je prends le risque de choquer les puristes, pour conclure que la PNL c’est comme une forme de yoga du cerveau.

 

Article écrit pour Métaphores, revue de la NLPNL (fédération des associations francophones certifiées en PNL N° 91, Décembre 2018

 

 

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